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Tempêtes : comment protéger nos forêts ?

Yves Brunet, spécialiste de la turbulence, directeur de recherche à l’Inra Bordeaux-Aquitaine,  jongle avec les calculs de modélisation pour comprendre et améliorer la résistance aux vents du massif landais. Il nous explique comment rendre la forêt plus résistante.

 

Depuis quand et comment diagnostiquez-vous l’impact d’une tempête sur un arbre ou une forêt?
Les ravages causés par la tempête de 1999 ont mis sur le devant de la scène l’intérêt de mieux connaître l’interaction entre les arbres et le vent. D’autant que les arbres de la forêt landaise sont particulièrement fragiles, leurs racines ayant du mal à percer l’alios, une couche de sable très dur. Notre travail consiste à mettre au point des modèles de calcul permettant de comprendre et quantifier la résistance au vent en fonction de l’architecture des arbres et la répartition de leurs feuilles, la présence ou non de sous-bois, l’hétérogénéité spatiale de la forêt, la forme de la lisière... On recueille des données à partir de capteurs placés sur des arbres et sur une tour de 40 mètres, de campagnes de tests dans des souffleries, de cartographies aériennes. Seuls quelques rares laboratoires au monde maîtrisent ce type de modélisation, très utile pour gagner en rapidité de recherche.

Quels premiers résultats avez-vous pu dégager ?
On s’est aperçu que les arbres en lisière n’étaient pas nécessairement les plus fragiles. Etant exposés de façon plus homogène et régulière au vent, ils ont tendance à développer un enracinement particulier, avec une sorte de béquille qui les stabilise. Ce sont finalement les arbres à quelque distance de la lisière qui sont souvent les plus vulnérables, dans une zone de la parcelle où leur partie supérieure est soumise à des rafales soudaines et irrégulières. De même, contrairement à ce que l’on pourrait croire, sur une colline,
les arbres situés en montée, soumis à des vents rapides mais peu turbulents, résistent mieux que ceux situés sur la zone descendante où les vents sont tourbillonnants. Suite à la tempête de 1999, on a également vu que des pins boostés aux engrais étaient moins résistants car leurs
parties aériennes étaient devenues trop importantes vis-à-vis de leur enracinement. La fragmentation de la forêt en parcelles boisées et non boisées jouerait aussi un rôle important en mutipliant les lisières, sources de turbulence et en exposant au vent des arbres dont l’enracinement n’a pas eu le temps de s’adapter. En revanche, nos simulations sur la
forme des lisières ou les mélanges d’espèces n’ont pour l’instant rien apporté de concluant.


Ces calculs de modélisation servent- ils également à une réflexion sur la protection de l’agriculture ?
Le vent a peu d’impact sur des cultures comme le maïs, très souple, ou les arbres fruitiers, souvent bien enracinés. En revanche, au sein de notre équipe, un travail est mené sur la dispersion des pesticides, l’idée étant de dégager des bonnes pratiques en jouant par exemple sur la structure de la végétation, la taille des gouttelettes ou la hauteur de la pulvérisation. Nous étudions également la dispersion du pollen (un sujet actualisé par l’introduction de cultures OGM) en évaluant les taux de contamination, les distances de dispersion, l’impact de haies sur la concentration en pollen...


Propos recueillis par:
Marianne Peyri