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Le mystère du crâne long
D'aucuns se sont imaginés en Indiana Jones explorant des vestiges cachés par le temps, bravant seul, d'affreuses malédictions. Puis, exténué par un combat courageux, s'en retournait dans les bras d'une jeune femme. Les chercheurs du Pacea (De la préhistoire à l'actuel : culture, environnement et anthropologie) ont fait d'une réalité ce qui pour la plupart n'est resté que pur fantasme. En plus réaliste bien sûr, mais tout aussi passionnant et beaucoup moins sexy. Quoi que...
Déjà mercredi après-midi. Le temps presse! Heureusement, l'UMR (Unité mixte de recherche) du Pacea dirigé par Bruno Maureille est à deux pas de mon reportage dans les sous-sols d’Epoc (lire ici).
Cinq minutes et un étage plus loin, après avoir traversé un couloir un peu vieillot mais surtout désespérément vide, je me retrouve dans un laboratoire bourré d'ossements en compagnie de Maryelle Bessou. « La plupart des chercheurs sont sur le terrain », m'éclaire l'assistante ingénieur. « Car creuser, fouiller, extraire avec minutie les ossements et/ou vestiges fait partie intégrante du travail des chercheurs du Pacea ». L'UMR financé par le CNRS, l'Université Bordeaux 1 et le ministère de la Culture et de la Communication réunit une centaine de personnes.
Elle se divise en deux groupes. D'une part, le PPP : préhistoire, paléo-environnement, patrimoine et A3P : anthropologie des populations passées et présentes.
Le profil de deux crânes humains. Celui de gauche est « normal » alors que celui de droite est un cas de craniostenose qui date de 4600 avant JC.
Des trépanations au silex

Alors que Maryelle Bessou m'indique que la structure dispose de 1600 moulages et de 300 séries ostéologiques, une chercheuse fait irruption dans la salle: « Tu as besoin de ce crâne? Je dois le photographier pour ma thèse », interroge Aline Thomas, doctorante. Incroyable...
Ce crâne, trouvé en Ile-de-France et vieux de 4600 ans avant JC n'est pas rond, il est long... «Il s'agit d'un cas de craniostenose», m'explique la jeune femme tout en le maniant avec une extrême délicatesse. «C'est-à-dire que les os se sont suturés prématurément dans le jeune âge. Le cerveau qui s'adapte à la forme de la boîte osseuse a donc grandi comme il a pu».
Remarquant une certaine perplexité dans mon regard, pour ne pas dire quelques secondes d'absence, la thésarde me rassure: « Bien que cette pathologie affecte la forme de la tête et donc du visage, il semble que les personnes victimes de cette déformation ne rencontraient pas de dysfonctionnements neurologiques. D'ailleurs, certaines populations comme les Egyptiens antiques allongeaient volontairement celui des enfants à l'aide de bandelettes. »
Maryelle Bessou est passionnée par son métier d'assistante ingénieure qu'elle exerce depuis 15 ans au sein du Pacea.

La doctorante Aline Thomas effectue des recherches sur les trépanations.
Ci-contre, un crâne ouvert lors de son vivant avec un silex.
De nos jours, les cas de ce qu'on appelle aussi scaphocéphalie s'opèrent facilement s’ils sont détectés chez le jeune patient. Malgré tout, pour la jeune femme qui étudie aussi les trépanations effectuées avec un silex (sic), un doute persiste, le crâne long appartenait à un enfant d'une dizaine d'années. Dans ce cas, de quoi est-il mort? Je quitte les deux chercheuses qui échangent leurs hypothèses dans une atmosphère étrange tout en m'interrogeant sur l'éventualité de reprendre mes études à la rentrée prochaine...
Plus d'info sur www.pacea.u-bordeaux1.fr
Textes et photos : Claire Sémavoine