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Un ballet en réalité augmentée
Pionnière des interactions tangibles, Nadine Rouillon-Couture a lancé un programme de recherche avec le danseur et chorégraphe Gaël Domanger. Il a donné naissance à un spectacle dans lequel le corps du danseur fait naître des objets avec lesquels il peut interagir.

Un conférencier évoque l’intérêt d’intégrer les émotions dans la recherche sur les interactions homme machine. A ses côtés, Gaël Domenger, chorégraphe au Malandain Ballet de Biarritz, réagit aux propos en dansant. Ses postures et ses déplacements sont captés par la combinaison dont il est revêtu et à partir de modèles établis par des psychologues, associés à des émotions. Colère, joie, peur… les mots s’affichent sur un écran géant en même temps que les mouvements s’effectuent.
En d’autres circonstances, ce sont des avatars que la danse suscite et anime. Porté par Nadine Rouillon-Couture, informaticienne associée au Labri et responsable déléguée de la recherche à l’Estia, ce projet baptisé Care permettra bientôt au chorégraphe de créer des formes virtuelles par sa seule gestuelle puis de les positionner à sa guise dans le décor. Le ballet en réalité augmentée est la dernière étape d’un parcours commencé autour d’objets du réel employés comme interfaces entre une série d’actions et sa représentation à l’écran.
Nadine Rouillon-Couture est en effet l’une des pionnières de l’interaction tangible. Ce champ nouveau de la relation homme machine avec interface 3D est apparu à la fin des années 90. Pour la scientifique, il consiste à aider des experts de toutes sortes de disciplines professionnelles à dépasser les limites, à la fois ergonomiques et technologiques, rencontrées dans leurs expérimentations ou leur pratique.
Faire mieux que la souris
Premier projet de ce type lancé à l’Estia, Eskua consistait ainsi à déterminer une gamme d’objets géométriques et modulables qui, filmés pendant leur manipulation, se substituaient très avantageusement à la souris et au clavier pour des simulations d’assemblage. Une solution développée aujourd’hui pour des reconstitutions archéologiques opérées à partir de fragments numérisés. Progressivement, le champ d’études des interactions tangibles se déplace vers le corps de l’utilisateur : ses mains et ses pieds mais aussi, de façon très innovante, vers les émotions véhiculées par ses mouvements. Après le mulot, l’humain?
Donatien Garnier